Histoire - La table ronde - Le siège périlleux - Blog du Templier

Publié le par Le Templier

Le siège périlleux

 

 

En préambule, afin de mieux comprendre la symbolique du siège périlleux qui se trouve à droite d'Arthur lors des cérémonies de la table ronde, il est important de resituer la création et l'interprétation du graal qui passa saint graal à la fin du XII eme siecle dans le roman "Perceval ou le conte du graal" de Chrétien de troyes.
A l'origine, le graal était une sorte d'assiette creuse dans laquelle une nourriture miraculeuse se renouvellait chaque jour. C'était dans l'esprit de la corne d'abondance de la chèvre Amalthée qui nourrissait Zeus. Nous étions alors à l'age d'or du druidisme et cette symbolique avait pour but de porter bonheur aux futures récoltes.

 

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Il semblerait pour de nombreux historiens que Chrétien de Troyes fut mandaté pour réaliser un livre de propangande afin de favoriser les croisades contre les cathares.
Il fut donc en charge de passer du druidisme au christianisme. Le graal devint alors saint graal, n'était plus une "corne d'abondance" mais le calice qui reçut le sang du Christ lors de la crucifixion. La table ronde elle, perdait ses atouts cosmiques pour devenir la représentation de la Cène. Le calice que Jésus utilisa à son dernier repas devenant le calice qui reçut son sang sur la croix, le fameux saint graal Chrétien de Troyes est à la génèse de la christianisation de la quête du graal mais il mourut avant d'avoir achever son livre. Trois ou quatre écrivains prirent le relais jusqu'à la version définitive en 1220. Le saint graal était alors la coupe qui avait reçu le sang du Christ et quiconque trempait ses lèvres dedans, obtenait la vie éternelle.

 

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Les chevaliers de la table ronde était au nombre de douze par session, comme les apôtres, mais il y avait le Christ qui était le treizième homme. Il fallait donc, pour rendre la symbolique de la Cène, apporter un siège de plus. Ainsi naquit le siège périlleux ! Il était pour les uns le Christ lui même puisque seul un être à la pureté parfaite pouvait s'y asseoir soit pour les autres, Judas puisqu'il conduisait aux enfers et à la destruction si l'on ne remplissait pas les critères de pureté. Toute la symbolique destructive du druidisme passait par la christianisation de chaque symbole de la quête du graal, le serment des chevaliers de la table ronde en étant le point culminant, toucher à cette symbolique c'est en détruire toute sa structure, c'est vider de sens cette christianisation. Pour réaliser cela, Chrétien de Troyes utilisa la magie de Merlin qui était l'instigateur des réunions de la table ronde et celui qui mit le sortilège sur le siège périlleux, il était
le lien entre les hommes et Dieu, il était le "fossoyeur du druidisme".

 

L'aventure la plus extraordinaire qui peut tenter les chevaliers est celle du "Siège Périlleux" et une hiérarchie se fait jour entre eux lorsqu'il s'agit d'occuper cette place de la Table ronde, laissée traditionnellement vide. Ce motif n'apparaît pas chez Chrétien de Troyes ; il a été inséré dans certains romans du XIIIe siècle. Une prophétie de Merlin annonce, en effet, que cette place est réservée à celui qui mettra fin aux aventures extraordinaires du royaume de Logres (royaume d'Arthur). Ce siège suscite la convoitise de chacun, en particulier de Perceval qui, ayant obtenu du roi la permission de s'y asseoir, provoque par son geste un bouleversement des éléments : la terre "se fendit sous lui" et le ciel se couvre de ténèbres. Une voix venue du ciel explique ensuite comment un autre que Perceval est attendu pour occuper cette place exceptionnelle et l'épreuve du "Siège Périlleux" est alors liée étroitement à l'existence du Roi-Pêcheur, de son infirmité et à la présence du Graal.

Quand ce chevalier se sera élevé sur tous les autres, alors Dieu le conduira à la demeure du riche Roi-Pêcheur. Et lorsqu'il aura demandé ce que l'on a fait du Graal, alors le Roi-Pêcheur guérira, la pierre, au siège de la Table ronde, sera ressoudée...

Robert de Boron, Perceval en prose, début du XIIIe siècle

 

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L'explication de cette scène est donnée par Robert de Boron : si la Table ronde possède un siège inoccupé, c'est qu'elle est faite à l'image de la Table de la Cène où le Christ mangea avec ses apôtres le Jeudi Saint et que Judas quitta après sa trahison. C'est lors de ce dernier repas que Jésus institua l'Eucharistie, et l'idée que le "vaissel", c'est-à-dire le "graal", évoque un plat contenant l'hostie, est admise par Robert de Boron.
Entre les deux tables, celle de la Cène et celle de la Table ronde, en apparaît une troisième, appelée "Table du Graal", et dont l'existence est mise en rapport avec le culte du Graal. A l'origine, Joseph d'Arimathie, cité dans les Evangiles comme témoin de la Passion du Christ, obtint de Pilate la permission d'ensevelir le corps de Jésus. Dieu, affirme Robert de Boron, lui donna l'ordre de fonder une autre Table, à la "semblance" de celle de la Cène. Le nombre des places y était limité mais non défini, et c'est là que Joseph fit asseoir les siens, après avoir séparé les bons des mauvais. Sur cette Table, était posée une coupe contenant du sang, symbolisant le Calice qui servit à recueillir, au Calvaire, le sang de Jésus-Christ. Ce Graal, devenu relique, fut remis par Joseph à son beau-frère, Bron, qui, désormais appelé le Riche Roi-Pêcheur, transporta l'objet sacré vers l'Occident, c'est-à-dire vers la Grande-Bretagne. Cela se passait au temps de l'évangélisation de la région, peu de temps avant l'avènement d'Arthur.

La Table ronde, née dans un contexte celtique et féodal, vient donc s'ajouter à ces deux autres Tables et leur emprunte, sous la plume de Robert de Boron, bien des traits. Sa christianisation est achevée, et, autour d'Arthur, se dessine un cercle de douze pairs, installés dans douze sièges, en souvenir des apôtres du Christ. L'auteur médiéval parachève les correspondances symboliques en réunissant en un seul objet, le Graal, deux objets distincts à l'origine : l'écuelle de la Cène et le plat, ou la coupe, qui recueillit le sang du Christ avant sa mort, sur la croix. Le Graal devient alors le "saint vaissel" de l'Eucharistie qui répand sur tous la grâce du Saint-Esprit ; la Table ronde figure la Table eucharistique autour de laquelle la chevalerie va être associée au drame de la passion du Christ et aura pour tâche de participer à la rédemption et au salut de l'humanité. Quant au "Siège Périlleux" il rappelle celui de Judas, mais, en même temps et sans contradiction pour le romancier, c'est aussi le siège de Jésus lui-même. Dès lors, le chevalier qui se qualifiera pour être admis à la Table ronde et y occuper ce siège vide devra être élu par Dieu, jugé digne de participer aux mystères de la foi chrétienne et sera plus proche d'un saint que d'un chevalier errant. Un seul parviendra à cette perfection : Galaad.

 

 

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Galaad, le héros élu et prédestiné

En dehors du "Siège Périlleux", une autre épreuve qualifiante révèle la valeur du héros, qui consiste à arracher une épée d'une pierre où elle est fichée. Ainsi, au début de la Quête du Saint Graal, les chevaliers et le roi assistent à un prodige : un bloc de marbre rouge flotte sur l'eau au pied du château et une épée, très belle, y est enfoncée. Sur le pommeau, est gravée une inscription en lettres d'or : "Jamais personne ne pourra m'enlever d'ici sinon celui qui doit me prendre à son côté. Et ce sera le meilleur chevalier du monde."
Arthur propose l'épée à Lancelot qui est à ses yeux le plus grand de ses chevaliers, mais Lancelot refuse, certain de son échec. Le roi demande ensuite à Gauvain de s'essayer à l'épreuve, mais celui-ci échoue. Seul Galaad réussit sans effort.
Fils de Lancelot et de la fille du Roi Pellès, le jeune Galaad arrive à la cour d'Arthur, en l'an 454, le jour de la Pentecôte. Conduit par un vieillard vêtu de blanc, le jeune homme en cotte de soie vermeille s'asseoit sur le "Siège Périlleux", sur lequel se lit déjà une inscription : "Ceci est le siège de Galaad !"
C'est alors que le Graal apparaît dans une lumière éblouissante et au milieu des odeurs les plus suaves ; recouvert d'une étoffe de soie blanche, le Saint-Vase, passant et repassant devant les chevaliers privés de parole, les rassasie des mets qu'ils désirent.

Cette aventure merveilleuse fait que Gauvain, puis Lancelot, et son fils Galaad, bientôt imités par cent cinquante compagnons de la Table ronde, prêtent le serment d'entreprendre "la Quête du Saint-Graal". Il y a là dans les textes arthuriens un moment superbe où les chevaliers de la Table ronde décident de renoncer aux choses terrestres, à la vaine gloire, aux plaisirs mondains et à l'amour humain pour chercher à rencontrer les mystères de Notre-Seigneur.

 

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La Quête du Graal devient la recherche essentielle

La fusion de deux motifs mythiques, celui de l'institution de la Table ronde et celui de la Quête du Graal, est ainsi réalisée dans ces romans du XIIIe siècle. Le personnage de Galaad, pur et parfait allie en lui la chevalerie "terrienne" et la "célestielle" : non seulement il doit être capable de prouesses et de sagesse, mais aussi posséder au plus haut degré toutes les vertus et ne penser qu'à son salut : les chevaliers deviennent dans cette perspective les successeurs des apôtres envoyés dans toutes les régions de l'Occident.

Galaad, après avoir contemplé à Sarras, la Jérusalem céleste, les secrets du Saint Graal, rend son âme à Dieu. Lui disparu, le "Siège Périlleux" de la Table ronde reste à jamais vide, car nul ne peut le remplacer. Quant aux chevaliers, partis se consacrer à la Quête du Graal, beaucoup d'entre eux périssent et Gauvain demande au roi Arthur d'en choisir soixante-douze nouveaux pour compléter la Table ronde ; mais celle-ci ne retrouvera jamais plus sa grandeur d'antan.

 

Si la légende de la table ronde vous intéresse, vous pouvez aussi continuer cette lecture par cet autre lien.
Vous pouvez retrouver ma mise en scène de la table ronde avec le siège périlleux.

Publié dans Histoire et légendes

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leemans christian 29/03/2012 15:39


Ami Templier je te propose le livre suivant un must dans la matière, une merveille 'LA LEGENDE DU ROI ARTHUR ' Par BERTHELOT Anne aux ED du Chêne illustré par de somptueux manuscrits médiévaux.
BERTHELOT, éminente spécialiste du monde arthurien. Je vais te faire parvenir une photo de la couverture et autres bouquins. 

Le Templier 29/03/2012 19:45



Je viens de voir l'illustration de la couverture sur amazon. C'est intéressant car on voit directement que pour les chevaliers sans armure on ne représente pas de blason, il suffit de voir le
bouclier blanc et le gros vide sur la cotte d'armes.


Je vais commencer par relire  la table ronde de C. de Troyes, je verrai ensuite avec ce livre. A creuser, je trouverai quelques choses pour contrer Djamp.



djamp 29/03/2012 14:48


 Alors là, je ne comprends plus rien ! la culture n'existait pas avant l'arrivée d'internet?, il était impossible de
se renseigner par des livres, des images, des peintures? Le web facilite les recherches mais rien de plus, il permet de gagner du temps mais si tu me sors que sans internet on ne peut pas
réaliser quelque chose d'historique, je me bedwederise, les bras m'en tombent . Pour la légende, si effectivement le
nombre de chevaliers est un pur hasard, que le nom de la société n'est que décoratif alors tu as peut etre raison mais question argument peu convaincant, celui là mérite une
décoration 


Pour St Georges, tu as aussi probablement raison, l'Angleterre a choisi la bannière de St Georges comme drapeau national sur du vent, comme l'on fait les templiers avant eux, c'est vrai que ce
n'est qu'un détail sans importance  donc effectivement rien n'a vraiment d'importance, ni une armure, ni
une épée, ni une bannière à part le patronyme des figurines et encore, on a vu avec Bedwere et frère Tuck qui devient Toc, je tique avec tact sur ce coup mais je n'en pense pas moins, mais je
dois etre tatillon , tu as surement raison ami Templier, que chacun fasse l'Histoire comme il le souhaite, après
tout pourquoi pas ...

Le Templier 29/03/2012 19:41



Si mais cela prenait plus de temps. Tu me dis précédemment que j'ai du être rapide à trouver la légende avec le 13e siège, oui mais j'ai internet or à l'époque de la table, il n'y avait pas
internet ou alors le tout début avec le modem...


A se renseigner à l'ancienne on trouverait d'autres questions, d'autres problèmes à cette table ronde, internet n'est pas toujours fiable ni très complet.


Je ne dis pas que j'ai raison pour St Georges, tu as raison pour le blason. Ce que je dis c'est que selon les représentations, les blasons existaient sans aucun doute (toutes les
représentations avec les armures) quant aux autres (plus tôt) ce n'est pas une certitude. Le St Georges des EDG n'est pas en armure, donc la représentation des armoiries sur le bouclier me
gène.



djamp 29/03/2012 10:17


 Et bien voila ... , tu vois
quand tu veux !  Ton article explique toute l'importance de la présence de ce treizième siège dans sa
symbolique forte de la propagande chrétienne. Je n'ai strictement rien inventé . Tu pourras dire que ton blog a
fait le travail que la table ronde aurait dû faire, la sculpture ce n'est pas que décoratif, c'est aussi une histoire racontée en trois dimensions, on se fout de ce qui existait dans ses
différentes représentations, seule l'histoire de la légende doit etre l'unique source pour représenter cette table, je ne sais pas combien de temps tu as mis pour trouver ses renseignements mais
à mon avis, tu as dû trouver tout cela assez facilement non?


Pour St Georges, c'est pareil sauf qu'il y a encore moins d'informations, j'en ai juste trouvé deux fondamentales. Les EDG en n'ont sculpté qu'une 


Alors tu vas me dire que dans les différentes représentations de St Georges qui sont très nombreuses, rares sont celles ou les deux élements apparaissent et tu aurais raison mais est ce que cela
change le fond du problème? Une référence, c'est justement quelque chose de précis qui n'est pas une copie de copie mais une représentation la plus proche possible de ce que l'on sait, ce que
l'on ne sait pas permet de "broder" suivant sa sensibilité mais pas les symboles incontournables !  Un
historien qui écrit sur un sujet se doit d'aller à la source, de lire les différents manuscrits de l'époque et de se faire sa propre opinion pour écrire, sinon il prends les différents ouvrages
réalisés par ses prédecesseurs, le compile et en pond un nouveau sur de l'ancien. Donc pour St Georges ...


Je n'ai trouvé que deux élements. L'un est que St Georges combattait avec une lance ou une épée très longue et la seconde, qu'il portait un écu et une bannière à la croix de gueule c'est à dire
une banniere blanche à croix rouge. Cette bannière deviendra celle des templiers et du drapeau national de l'Angleterre ce qui n'est pas neutre . St Georges est le saint patron de l'Angleterre, l'union Jack est directement tiré de ça. Saint Georges étant également le saint patron
des chevaliers, les templiers choisirent ce symbole pour représenter leur ordre, or sur la sculpture des EDG cette bannière n'existe pas . Il y a la lance donc un bon point mais pas de bannière qui est souvent oubliée dans les représentations du combat contre le dragon.
Alors oui, ça ne retire pas la symbolique de la lutte du bien contre le mal, oui ça ne retire pas le courage d'un homme face à l'adversité, c'est moins embettant que le manque du siège périlleux
sur la table ronde, mais il aurait été mieux de la représenter non?


Là encore ça ne retire rien à la grande réussite de cette pièce mais le terme d'inattaquable ne peut pas non plus s'appliquer dans le cas présent. Ca reste ma pièce préférée, le vrai symbole pour
moi des EDG mais ça aurait pu etre encore mieux avec cette bannière si importante encore aujourd'hui 

Le Templier 29/03/2012 14:18



Mais justement, la question est là, aurait-elle du le faire ?


Il y a un tas d'infos sur la table, j'ai depuis longtemps fait l'article, je n'ai qu'ajusté ensuite. Je renouvèle toutefois qu'internet n'existait pas ou très peu à l'époque de la table ronde
(je vois où tu veux en venir). J'ajoute aussi qu'encore une fois, il y a plusieurs légendes d'Athur dont celles que nous ne connaissons pas.


L'explication de la bannière de St Georges n'ai pas terrible, c'est sans doute vrai mais peu convaincant. Il existe pourtant des représentations avec cette croix rouges. Mais il existe chez
certains historiens un autre souci, celui de la représentation des bannières. Si a une époque cela ne fait aucun doute, au tout début du moyen age, ce n'est pas évident.